Site Officiel de Louise Cara

 

Octobre 2007. Une femme marche dans New York.

Elle est artiste, elle lève les yeux, se confronte à la complexité de la ville, à sa verticalité. Ville enveloppante, déstabilisante. Ville énergie. Sous les trottoirs de Manhattan, sous le bitume défoncé de Harlem dorment d’autres histoires enfouies, plus anciennes que celle des tours « gratte-ciel », mais bien présentes. Vivantes. L’artiste, sourcière de l’invisible, capte ces vérités endormies, inextricablement mêlées à l’électricité palpable de New York, Babel contemporaine. Elle se laisse traverser par l’énergie de la cité. Arpenteuse, radiesthésiste, elle écoute les bruits de la ville depuis sa chambre d’hôtel. Identité singulière. Et si chaque ville pouvait s’écouter, se reconnaître, les yeux fermés ? Les carnets nomades que Louise Cara emmène partout avec elle seront le prolongement de ces vibrations-là. Des pages à foison, annotées à l’encre, taches noires sur fond blanc donnant forme au vide, le révélant.
Un homme Cherokee vend des objets amérindiens sur la place Union Square, près de la statue de Gandhi. Rencontre furtive, éclairante. Tours et totems se rejoignent. Dans la main de l’artiste, le pinceau japonais, outil souple et tactile, devient sismographe. Il enregistre en temps réel la palpitation cardiaque de cette ville-monde, sa vibration intime. Il capte des signaux souterrains, mouvements géologiques, failles et résurgences. Un graphisme comme une écriture venue du fond des âges, proche des inscriptions cunéiformes sur les tablettes d’argile sumériennes ou des rouleaux de la Torah. L’architecture de la city, ses structures premières, sa mémoire, ses blessures anciennes et récentes, dont participe naturellement l’incroyable béance creusée dans la chair de la ville un certain 11 septembre, se donnent à lire ainsi.

Retour à l’atelier d’Oppède.

Que transcrire de cette expérience unique ? Que transmettre ? Pendant des mois, cette fois-ci sur des toiles blanches grand format, Louise Cara poursuit son obsession d’artiste : traduire sa vision de New York. Elle cherche à retrouver le même dépouillement que dans ses carnets : des traits d’encre sur du blanc. Les formes arrivent en abondance. Puis, plus tard, les aplats de couleur. Louise devient « femme pinceau» habitée par le défi de créer, y compris dans l’épreuve physique.

Louise Cara

Totem City - 210 x 130 cm — TM sur toile

Sa Totems City donne forme aux vertiges d’une civilisation

tendue entre terre et ciel, édifices verticaux, érectiles, cathédrales modernes porteuses des spiritualités anciennes et universelles. Peut-être aussi porte-t-elle la solitude de l’homme debout, interrogeant ses dieux, lançant des messages en direction de l’inconnu ? Vertiges, vestiges. Quelle vision laisser de nos cités condamnées à la ruine, au retour à un inéluctable « Ground Zero » ? Que donnerons-nous à voir, à comprendre, aux hommes du futur ?  Gratte-ciels, totems, avenues, traces, couloirs, lacets imbriqués… La première « collection » - quatorze toiles de formats homothétiques - s’édifie comme une vision frontale des mégalopoles. Elle interroge à la fois la structure des choses, et celle de l’homme.
Elle remet en perspective les intentions métaphysiques, celles de l’habitant des cathédrales de verre et béton, héritier fidèle et infidèle de l’Amérindien qui marchait « pieds nus sur la terre sacrée ».  Elle prend la forme d’une écriture. Elle porte la profondeur, l’esprit du trait taoïste, la concentration du scribe à sa tablette. Elle s’exprime en une langue entièrement construite, jamais apprise.

Puis, renversement de la vision.

Sur la toile ou le papier posés au sol, la densité urbaine d’abord affrontée comme champ de totems se projette vue d’en haut en compositions labyrinthiques. Fils serrés des rues entrelacées, tissu dense des circulations urbaines, réseaux inextricables, étroitement mêlés, tissent l’étoffe d’une œuvre qui prend à la fois chair et distance. Ce sera « Villes labyrinthe », la deuxième collection, renouant avec le toucher de l’œil et son plaisir, avec la patience, avec la sagesse. « Se perdre pour se trouver ». C’est tout le cheminement de l’artiste, en même temps que celui de l’œil sur la toile. Jusqu’à la chambre secrète, celle, dit-elle, « de la paix en soi ».


Ce texte a été écrit dans le contexte de l'exposition de Louise Cara Totems City au Grenier à Sel, Avignon

voir la série des œuvres de Louise Cara relatives à ce texte




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